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DAVIA
Histoire · 4 min de lecture

5 idées reçues sur le Davia et les yachts classiques en bois

Non, un yacht de 1929 ne coule pas au premier orage. Non, il ne pollue pas plus qu'un plastique moderne. Cinq idées fausses qu'on nous sert à chaque visite, et la réalité documentée.

Par Bruno Van Hemelryck, président de l'Association Davia

Quand on présente le Davia à des visiteurs pour la première fois, les mêmes phrases reviennent : « Ça doit être dangereux », « Ça coûte une fortune », « Mieux vaut un bateau en plastique neuf », « Ça pollue forcément ». J'aimais bien répondre poliment. Aujourd'hui, après 10 ans à bord, je préfère démonter les idées reçues. Voici les cinq plus fréquentes.

1. « Un bateau en bois de 1929, c'est dangereux »

C'est l'inverse. Un bateau en bois bien entretenu est plus sûr qu'un bateau en polyester standard du commerce pour quatre raisons :

  • Le bois est flottant par nature. Même rempli d'eau, les membrures et les bordages gardent une flottabilité résiduelle. Un polyester rempli d'eau coule sec.
  • Les coques classiques sont massives. Celle du Davia fait 45 mm d'épaisseur à la quille. Un polyester de plaisance moderne de 15 m tourne autour de 8-12 mm.
  • Les fissures se voient sur du bois. Elles sont invisibles dans une coque sandwich polyester tant qu'elles n'ont pas traversé.
  • Les bateaux de l'ADLS font une inspection annuelle par un surveyor indépendant. Le Davia est passé dans cette logique depuis 2016.

En 10 ans à Villeneuve-sur-Yonne, le Davia a traversé trois crues majeures, une tempête de 2018 qui a arraché des arbres au port, et une dizaine d'hivers. Il n'a pas bougé.

2. « Ça doit coûter une fortune chaque année »

Oui et non. Le budget d'entretien annuel du Davia est de l'ordre de 4 000 à 6 000 €, auxquels s'ajoutent les grands chantiers ponctuels (grand carénage tous les 10 ans, pont complet, moteurs). Ramené à la taille, ce n'est pas très éloigné d'un bateau à moteur moderne de 15 m.

La différence, c'est la part de main-d'œuvre. Sur un bateau classique, la main-d'œuvre spécialisée (charpentier de marine, vernisseur expérimenté) est le poste principal. Sur un bateau polyester, c'est l'électronique, le gréement synthétique, l'antifouling et la mécanique qui dominent.

L'avantage du bois : une grande partie de l'entretien peut être faite par le propriétaire, à condition d'apprendre. Je vernis le Davia moi-même. Un vernisseur pro facture 45 à 60 € de l'heure. Sur 120 h de vernis par an, ça fait vite la différence.

3. « Un vieux bateau pollue plus qu'un bateau neuf »

Faux sur deux plans.

Construction : un bateau polyester neuf de 15 m, c'est environ 4 tonnes de résine, 2 tonnes de fibre de verre, 1 tonne de mousse PVC pour le sandwich, plus l'électronique et les métaux. L'empreinte carbone de sa construction est estimée entre 15 et 25 tonnes de CO₂. Le Davia a été construit en 1929 avec du bois local et des méthodes traditionnelles. Son empreinte carbone de construction est à zéro depuis longtemps.

Usage : le Davia a deux moteurs Parsons Engineering Co de 56 ch chacun. Ils sont moins optimisés qu'un moteur moderne, mais ils consomment peu parce qu'on navigue lentement — 8 nœuds maximum sur rivière. En une saison de navigation (mai à octobre, environ 50 heures moteur), je consomme 250 à 300 litres de gazole. Un bateau de plaisance moderne rapide à 20 nœuds consomme ça en une sortie de week-end.

Fin de vie : un polyester en fin de vie est un déchet complexe à traiter. Le bois retourne à la terre.

4. « C'est juste de la nostalgie »

Non. Restaurer un bateau comme le Davia, c'est transmettre un savoir-faire qui est en train de disparaître. Les chantiers navals de bois étaient des centaines en France il y a un siècle. Aujourd'hui, on peut les compter sur les doigts des deux mains. Le chantier Evans Marine à Migennes, où le Davia a passé 24 mois de grand carénage, est l'un des rares encore actifs dans le centre de la France.

Ces chantiers forment des apprentis charpentiers de marine chaque année. Sans bateaux classiques à restaurer, ces métiers disparaissent complètement. La Dunkirk Little Ships Association, le Classic Boat Museum de l'île de Wight et Patrimoine Maritime et Fluvial ne font pas autre chose qu'entretenir cette chaîne de transmission.

5. « Vous ne pouvez plus naviguer avec ça »

Si. Le Davia est immatriculé PA F22087 F, il a son permis de circulation Voies Navigables de France, ses assurances, son carnet de bord. Il peut naviguer sur tout le réseau fluvial français et, moyennant des précautions, traverser la Manche pour rejoindre Ramsgate.

L'objectif de l'association est précisément celui-là : faire naviguer le Davia, pas juste le contempler amarré. Une fois la restauration complète terminée, il participera aux commémorations de l'Opération Dynamo à Dunkerque, et idéalement aux rassemblements annuels de l'ADLS à Ramsgate.

Le centenaire de 2029 sera l'occasion, j'espère, de le voir traverser la Manche pour la première fois en 89 ans.

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