Octobre 2014 : sous une bâche à Villeneuve-sur-Yonne, j'ai trouvé un Dunkirk Little Ship
Comment Bruno Van Hemelryck a découvert le Davia, yacht écossais de 1929, endormi sous une bâche de chantier au port de Villeneuve-sur-Yonne — et pourquoi il a tout laissé tomber pour le sauver.
Par Bruno Van Hemelryck, président de l'Association Davia
Je cherchais un bateau-logement, pas une histoire. Un freycinet, quelque chose de rationnel pour habiter sur l'eau. À Fontainebleau, où je vivais, je visitais tous les ports entre Saint-Mammès et Avon depuis deux mois. Rien ne me plaisait vraiment. Un ami m'a glissé : « Remonte jusqu'à Sens, il y a peut-être quelque chose. »
Le 14 octobre 2014, je passe Sens et je tombe en arrêt à Villeneuve-sur-Yonne. Sur le quai, un bateau entièrement recouvert de bâches de chantier. On ne voyait rien, sauf une étrave. Une étrave qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais vu sur un canal de Bourgogne.
Le propriétaire s'appelait Francis Ruffenach. Il m'a invité à me glisser sous la bâche.
Un yacht écossais de 1929
À l'intérieur, 15 mètres de bois. Chêne, teck, iroko. Une barre à roue en cuivre. Un carré avec des banquettes d'époque, une cloche en bronze gravée Davia 1929. Une cuisine dans le style, aménagée dans les années 90. Des meubles d'origine placés de manière symétrique de part et d'autre de l'axe.
Francis m'a raconté l'histoire pendant deux heures. Le chantier James Silver Limited à Rosneath, en Écosse. L'architecte John Bain, qui a dessiné le modèle Brown Owl dans les années 1920. Le premier propriétaire, Sir William « Alec » Coryton, Air Chief Marshal de la Royal Air Force. La course London-Cowes de 1930 où le Davia remporte l'André Gold Cup.
Et puis, mai 1940.
Dunkerque
C'est à ce moment-là que je me suis assis.
Mon grand-père a passé deux jours dans l'eau à Dunkerque avant d'être sauvé. Il m'a raconté l'Opération Dynamo toute mon enfance. Les plages, les bateaux privés, les 338 226 soldats évacués en neuf jours. Je savais ce qu'étaient les Little Ships. Je ne pensais pas qu'il pouvait m'en rester un à portée de main, endormi sous une bâche à 1h30 de Paris.
J'ai dit à Francis : « Ne le vendez à personne avant que je revienne. » Je suis rentré à Fontainebleau. J'ai vendu ce qu'il fallait. Je suis revenu.
La chrysalide
Quand on a retiré les bâches pour la première fois, j'ai pensé à une phrase que j'ai fini par répéter : le bateau était prêt à redevenir beau. Il était comme la chrysalide d'un futur papillon. Les vernis étaient morts. Le pont fuyait. Les boiseries intérieures étaient à refaire partie arrière. Les deux moteurs Parsons Engineering Co (Southampton) installés en 1969 tournaient encore, miraculeusement.
Je n'avais ni le budget, ni le temps, ni l'expérience d'un charpentier de marine. J'avais une histoire familiale et une conviction.
Dix ans plus tard, j'ai investi plus de 2 400 heures de travaux dans le Davia. Vingt-quatre mois de grand carénage au chantier naval Evans à Migennes. Remplacement des bordées et membrures, révision moteurs, alignement des arbres d'hélice, ponçage, vernis, antifouling. Mise aux normes électricité 220 V. L'aménagement d'origine est resté « dans son jus » : la cloche, le verre à prisme du pont, la boîte à pavillons du code international des signaux maritimes.
En septembre 2016, le Davia est devenu membre de droit de l'Association of Dunkirk Little Ships, présidée par le Prince Michael of Kent. En octobre 2019, il a reçu le label Bateau d'Intérêt Patrimonial de Patrimoine Maritime et Fluvial. En février 2021, j'ai fondé l'Association Davia.
Je cherchais un bateau-logement. J'ai trouvé une mission qui durera jusqu'en 2029, année du centenaire.
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